Montreal

S’installer à Montréal : la check-list complète pour les nouveaux arrivants français

Retour
Canada Montreal

S’installer à Montréal n’est pas un projet d’expatriation comme un autre pour un Français. Première ville francophone d’Amérique du Nord, capitale culturelle du Québec, métropole de 4,3 millions d’habitants où la langue n’est pas une barrière mais un terrain partagé, Montréal offre aux Français un cadre d’installation parmi les plus accessibles du Canada. Mais ce confort apparent dissimule une réalité administrative dense et particulière : le Québec gère lui-même son immigration, sa fiscalité, sa santé et son éducation, dans un système distinct du reste du Canada. Voici la check-list structurée pour aborder ces premières semaines sans rien laisser au hasard.

Avant le départ : préparer les fondations

Comprendre le double palier d’immigration. Contrairement aux autres provinces, le Québec sélectionne lui-même ses immigrants permanents via le Certificat de sélection du Québec (CSQ), délivré par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). Le CSQ est obligatoire avant la demande de résidence permanente fédérale auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Les principaux programmes : le Programme régulier des travailleurs qualifiés (PRTQ) désormais piloté par le portail Arrima, et le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour les étudiants diplômés au Québec et les travailleurs déjà sur place. Plusieurs programmes temporaires sont accessibles depuis la France : PVT-Canada, Permis Jeunes Professionnels (JP), Stages coop, dans le cadre de l’accord Expérience internationale Canada (EIC) réservé aux 18-35 ans.

Rassembler et faire authentifier ses documents. Original et copies certifiées de l’acte de naissance, casier judiciaire (bulletin n°3), diplômes, livret de famille, certificats de vaccination, attestation de mariage ou divorce. Bonne nouvelle pour les Français au Québec : les documents en français sont acceptés sans traduction par toutes les administrations québécoises et fédérales. C’est une différence majeure avec l’Ontario.

Souscrire l’assurance santé temporaire (sauf si Français protégé par le PUSSC). Pour la plupart des nouveaux arrivants, la RAMQ (Régie de l’assurance maladie du Québec) impose un délai de carence de 3 mois. Mais les Français bénéficient d’une dérogation exceptionnelle dans le cadre du Protocole d’entente France-Québec en matière de sécurité sociale (PUSSC) : ils accèdent à la RAMQ immédiatement dans la majorité des cas, sans délai. C’est l’avantage le plus important du statut français à Montréal. Voir Article 2 pour le mode d’emploi détaillé.

Pour les non-Français ou cas particuliers (étudiants français hors PUSSC notamment), souscrire Allianz Care France-Expat, Henner Expat Santé (partenaire UFE), ASFE ou GMC Services couvrant les 3 premiers mois.

S’inscrire avant le départ au Consulat de France à Paris : prise de contact en amont avec le Consulat général de France à Montréal, déclaration administrative, dossier scolaire si enfants.

À l’arrivée : les démarches prioritaires (J+1 à J+30)

Obtenir le Numéro d’assurance sociale (NAS). Indispensable pour travailler, ouvrir un compte avec intérêts, déclarer ses impôts. Délivré gratuitement à Service Canada. Bureaux à Montréal : 200 boul. René-Lévesque Ouest (centre-ville), 1001 boul. de Maisonneuve Est (Plateau), 3500 boul. Crémazie Est (Saint-Léonard). Sur présentation du passeport et du document d’immigration (fiche IMM 1442 pour résident permanent, permis de travail). NAS délivré le jour même.

S’inscrire à la RAMQ via le formulaire Sécurité sociale France-Québec (formulaire SE 401-Q-102). Pour les Français, démarche prioritaire à effectuer dans les premières semaines pour activer l’accès immédiat à la RAMQ. Procédure détaillée en Article 2.

S’inscrire au Consulat général de France à Montréal. 1501 av. McGill College, suite 1000. L’inscription au Registre des Français établis hors de France facilite renouvellement de passeport, services consulaires, suivi en cas de crise, et déclenche le droit de vote depuis l’étranger.

Ouvrir un compte bancaire. Voir Article Banque du Message 2. Desjardins est l’institution coopérative québécoise, francophone par défaut, particulièrement adaptée aux Français qui apprécient sa culture coopérative. Alternative : Big Five (RBC, TD, BMO, Scotiabank, CIBC) ou Banque Nationale (origine québécoise).

Dans le premier mois : logement et vie courante

Trouver un logement. Plateformes principales : Centris (MLS Québec), DuProprio, Kijiji, Marketplace Facebook, LesPAC. Spécificité Montréal : la tradition du « déménagement du 1er juillet » — historiquement, les baux courent du 1er juillet au 30 juin de l’année suivante. Concrètement, 100 000 ménages déménagent simultanément ce jour-là, l’inventaire explose en juin et se contracte en juillet-août. Les cycles secondaires : avril (étudiants) et septembre (rentrée).

Signer un bail conforme. Le Tribunal administratif du logement (TAL) — anciennement Régie du logement — encadre la location résidentielle. Le bail standard officiel du TAL est à utiliser obligatoirement. Plusieurs spécificités québécoises à connaître :

  • Pas de caution autorisée : aucun dépôt de garantie n’est légalement exigible (contrairement à l’Ontario qui autorise le « last month »).
  • Cession ou sous-location facilitée : le locataire peut céder son bail moyennant accord du propriétaire qui ne peut le refuser sans motif sérieux.
  • Reconduction automatique : à l’échéance, le bail se reconduit automatiquement aux mêmes conditions.
  • Clause F (modification de loyer) : si le bail comporte une « clause F », le propriétaire peut proposer une hausse à l’échéance ; le locataire dispose d’un mois pour refuser. En cas de refus, le TAL tranche selon la grille des hausses recommandées (1,5-3 % typiques en 2026).
  • Clause G (logement neuf) : pour les logements de moins de 5 ans, le bailleur a plus de latitude pour fixer le loyer initial.

Souscrire les services essentiels. Électricité : Hydro-Québec (monopole public, énergie hydraulique majoritaire, parmi les tarifs les plus bas d’Amérique du Nord). Gaz : Énergir. Internet/téléphonie : Vidéotron (filiale Québecor, opérateur historique québécois), Bell Canada, Telus, Fizz (filiale Vidéotron, sans engagement). Mobile : forfait courant entre 30 et 50 $/mois.

Obtenir une carte OPUS pour les transports. Voir Article Transports du Message 4. La carte OPUS de la STM (Société de transport de Montréal) couvre métro, bus, et train de banlieue exo. Pass mensuel autour de 100 $.

Échanger son permis de conduire français. Spécificité majeure : l’accord d’échange France-Québec signé en 1989 permet l’échange direct sans examen pour le permis B, dans un délai de 6 mois suivant l’installation (contre 60 jours en Ontario). Démarches à la SAAQ (Société de l’assurance automobile du Québec). Apporter le permis français original, le passeport, justificatif de domicile québécois, et la demande d’attestation de droits à conduire sécurisée (ADCS, ex-RIR) générée via Télépoints France. Coût : ~90 $ CAD. ⚠️ La SAAQ conserve le permis français original — faire une photocopie certifiée avant.

Dans les trois premiers mois : emploi, fiscalité et intégration

Anticiper la double déclaration fiscale. À la différence du reste du Canada, le Québec collecte lui-même son impôt provincial via Revenu Québec (et non l’Agence du Revenu du Canada). Concrètement, vous remplirez DEUX déclarations annuelles chaque année : la T1 fédérale auprès de l’ARC, et la TP-1 provinciale auprès de Revenu Québec. Voir Article Fiscalité du Message 3. Pour la première année (déclaration de transfert de résidence), un comptable francophone spécialisé France-Québec est l’investissement le plus rentable (cabinets : Raymond Chabot Grant Thornton, Fiscaneo, Services d’Acadie, BDO Canada Montréal).

Demander les prestations familiales. Le Québec offre la combinaison la plus généreuse du Canada : Allocation canadienne pour enfants (ACE) fédérale + Allocation famille (Soutien aux enfants) québécoise. Demande via le formulaire RC66 auprès de l’ARC. Les versements démarrent en 6-8 semaines.

Inscrire les enfants à l’école. Quatre options principales :

  1. Écoles publiques francophones (CSSDM, CSDM, Pointe-de-l’Île, Marguerite-Bourgeoys) — gratuit, mais obligatoire pour la majorité des résidents permanents et étrangers selon la Charte de la langue française.
  2. Écoles privées francophones subventionnées (Collège Jean-de-Brébeuf, Externat St-Jean-Berchmans, Mont-Saint-Louis…) — entre 4 000 et 6 000 $/an.
  3. Écoles AEFE françaises : Collège Stanislas (Outremont) et Collège International Marie de France (Côte-des-Neiges). Programmes français + québécois, frais ~3 000-6 000 $/an. Conservent la continuité scolaire pour un éventuel retour en France.
  4. Écoles publiques anglophones (CSEM, EMSB) : strictement réglementées. Les enfants des résidents permanents et de la majorité des étrangers ne peuvent pas y être inscrits (Loi 101). Les Français qui souhaitent l’anglais pour leurs enfants doivent passer par le privé anglophone (Lower Canada College, Selwyn House…).

Découvrir les ressources communautaires françaises. Trois acteurs centraux pour l’intégration :

  • Consulat général de France (1501 av. McGill College, suite 1000) — Registre, services administratifs.
  • UFE Canada Montréal (quebec@ufe.org / 514-224-0341) — réseau de partenaires sélectionnés à double expertise Québec/France, Rencontres Pro, magazine La Voix de France.
  • Montréal Accueil (https://montrealaccueil.org) — 350 familles, calendrier annuel d’activités, conférences thématiques pour nouveaux arrivants.

Synthèse : ordre opérationnel des 30 premiers jours

JourAction
J+1NAS à Service Canada
J+2Inscription Consulat de France à Montréal
J+3Bail signé / Logement
J+4Ouverture compte bancaire
J+5Demande RAMQ via PUSSC (formulaire SE 401-Q-102)
J+10Souscription services publics (Hydro-Québec, Vidéotron)
J+15Carte OPUS + souscription Internet/Mobile
J+20Demande échange permis SAAQ
J+25Demande Allocation famille (ACE + Soutien aux enfants)
J+30Inscription enfants à l’école

S’installer à Montréal est plus simple pour un Français que dans toute autre métropole nord-américaine. L’absence de barrière linguistique, le PUSSC qui supprime le délai de carence de la RAMQ, l’accord d’échange de permis France-Québec, l’acceptation des documents français sans traduction, et la présence d’un écosystème associatif et professionnel français-québécois dense (UFE, Montréal Accueil, Consulat, Stanislas, Marie de France) constituent un environnement d’accueil sans équivalent. La vraie difficulté n’est pas administrative : c’est de comprendre que le Québec est une société distincte, avec son propre droit civil, son système fiscal, ses codes culturels, et que le « français de France » qu’on apporte ne se confond jamais entièrement avec le « français du Québec » qu’on rencontre.

Besoin de contacts sur place ?

Consultez nos listes de professionnels francophones et guides d'arrivée.

Voir les listes