Déménager à Toronto ne s’improvise pas. Entre l’obtention du numéro d’assurance sociale, l’inscription à l’assurance santé provinciale, l’ouverture d’un compte bancaire et la recherche d’un logement dans l’un des marchés locatifs les plus tendus d’Amérique du Nord, les premières semaines peuvent rapidement devenir chaotiques sans une organisation rigoureuse. Voici une check-list structurée par ordre de priorité pour aborder votre installation sereinement dans la plus grande métropole canadienne.
Avant le départ : préparer les bases
Rassembler et faire authentifier ses documents officiels. Munissez-vous des originaux et copies certifiées de votre acte de naissance, extrait de casier judiciaire, diplômes universitaires, relevés de notes, certificats de mariage ou de divorce, et carnets de vaccination. Contrairement à l’Espagne, le Canada n’a pas adhéré à la Convention de La Haye sur l’apostille pour la France métropolitaine de manière équivalente : selon le document et son usage, vous pourrez avoir besoin soit d’une apostille, soit d’une légalisation par le ministère français des Affaires étrangères suivie d’une authentification par Affaires mondiales Canada (Global Affairs Canada). Les documents en français sont généralement acceptés par les administrations fédérales, mais l’Ontario, province à majorité anglophone, exige souvent une traduction certifiée par un traducteur agréé de l’ATIO (Association of Translators and Interpreters of Ontario).
Obtenir son visa ou permis approprié. Vérifiez la nature exacte de votre statut auprès d’IRCC (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada) : résident permanent (PR card), permis de travail fermé, permis de travail ouvert (EIMT exemptée), PVT (Programme Vacances-Travail dans le cadre d’EIC), permis d’études, visa visiteur. Chaque statut conditionne précisément l’accès à l’OHIP, au marché de l’emploi et à la sécurité sociale.
Souscrire une assurance santé temporaire. L’OHIP (Ontario Health Insurance Plan), l’assurance maladie provinciale, comporte un délai de carence de 3 mois pour les nouveaux résidents. Pendant cette période, vous ne bénéficiez d’aucune couverture publique. Souscrire une assurance santé internationale ou expat (Cigna, Allianz, GMC Services, ASFE pour les Français) couvrant au minimum cette période est indispensable. Une consultation aux urgences sans assurance peut coûter plusieurs milliers de dollars canadiens.
Ouvrir un compte bancaire adapté. Avant l’arrivée, il peut être utile d’ouvrir un compte dans une néobanque (Wise, Revolut) pour gérer les premiers transferts et paiements sans frais de change. Une fois sur place, vous ouvrirez un compte canadien local, indispensable pour percevoir un salaire, payer un loyer, et bâtir votre historique de crédit (élément fondamental au Canada).
À l’arrivée : les démarches prioritaires (J+1 à J+30)
☐ Obtenir le NAS (Numéro d’Assurance Sociale / SIN en anglais). C’est l’équivalent canadien du numéro de Sécurité sociale français. Indispensable pour travailler, ouvrir un compte avec rémunération d’intérêt, déclarer ses impôts, ou bénéficier des programmes gouvernementaux. La demande se fait à Service Canada (sur rendez-vous ou en présentiel). Bureaux de Toronto centre : 25 St Clair Ave E ; 4900 Yonge St (North York Service Canada Centre). Documents requis : passeport, document d’immigration valide (CSQ, permis de travail, fiche IMM 1442 pour PR). Le NAS est délivré le jour même sous forme de lettre. Aucun frais.
☐ Demander la carte santé OHIP. À effectuer dès l’arrivée pour démarrer le décompte du délai de carence de 3 mois. La demande se dépose dans un ServiceOntario (centre administratif provincial multi-services). Bureaux : 777 Bay St (Bay & College), 47 Sheppard Ave E (North York), 156 Front St W (CityPlace). Documents requis : passeport, preuve de statut d’immigration, trois preuves de résidence en Ontario (bail signé, facture, lettre d’employeur, attestation de banque). Le délai de carence de 3 mois s’applique sauf exceptions (rapatriés, conjoint d’un militaire, certains permis spécifiques). La carte arrive par courrier en 4 à 6 semaines.
☐ S’inscrire au Consulat français. Pour les Français, l’inscription au Registre des Français établis hors de France auprès du Consulat général de France à Toronto est fortement recommandée. Elle facilite le renouvellement des passeports, l’accès aux services consulaires, et le suivi en cas de crise. L’inscription se fait en ligne via le portail service-public.fr, puis confirmation auprès du Consulat (2 Bloor Street East, Suite 2200). L’inscription ouvre également droit au vote depuis l’étranger.
☐ Ouvrir un compte bancaire canadien. Les cinq grandes banques canadiennes (les Big Five) sont RBC (Royal Bank of Canada), TD Canada Trust, Scotiabank, BMO (Bank of Montreal) et CIBC. National Bank of Canada (Banque Nationale) propose un accueil francophone à Toronto. Desjardins, coopérative financière d’origine québécoise, est également présent. Pour l’ouverture, prévoir : passeport, document d’immigration, NAS (utile mais pas obligatoire pour le compte courant), justificatif de domicile. La plupart des banques proposent des « newcomer packages » (offre nouveaux arrivants) avec frais réduits la première année et carte de crédit accessible sans historique canadien — élément clé pour démarrer votre dossier de crédit (credit score), pierre angulaire du système financier nord-américain.
Dans le premier mois : logement et vie quotidienne
☐ Trouver et signer un bail conforme. Le marché locatif torontois est l’un des plus tendus d’Amérique du Nord. Les principales plateformes sont Realtor.ca, PadMapper, Zumper, Kijiji, Facebook Marketplace et Toronto Rentals. Le contrat de location standard est encadré par la Loi de 2006 sur la location à usage d’habitation de l’Ontario : le bail à durée indéterminée (mois par mois) est le standard, et un Standard Form of Lease (Form 2229E) doit être utilisé. La caution est limitée à un mois de loyer maximum, et ne peut servir qu’au paiement du dernier mois (last month’s rent), pas aux dégâts. L’augmentation annuelle est plafonnée par règlement provincial (2,5 % en 2025, à actualiser pour 2026).
☐ Souscrire les services essentiels (services publics, internet, mobile). L’électricité à Toronto est fournie par Toronto Hydro ; le gaz par Enbridge Gas. Pour internet et téléphonie : Bell, Rogers, Telus dominent le marché, mais des opérateurs alternatifs comme TekSavvy, Distributel et Freedom Mobile proposent des forfaits plus abordables. Pour un mobile, un forfait courant à Toronto se situe entre 35 et 60 $ par mois pour 20 Go de données. À l’arrivée, optez pour un forfait sans engagement le temps de comparer.
☐ Obtenir une carte Presto pour les transports. Le réseau TTC (Toronto Transit Commission) — métro, tramways, bus — est l’épine dorsale des déplacements à Toronto. La carte rechargeable Presto est universelle dans toute la région du Grand Toronto et de Hamilton (GO Transit, MiWay à Mississauga, YRT à York). Tarif unitaire TTC : 3,30 $ ; abonnement mensuel : 156 $. Le pass se procure aux machines en station ou via l’application PRESTO.
☐ S’inscrire auprès d’un médecin de famille. Avec votre carte OHIP, vous pourrez vous inscrire au programme Accès Soins / Health Care Connect (1-800-445-1822) pour être jumelé à un médecin de famille. À Toronto, l’attente peut être longue (plusieurs mois à plusieurs années selon le quartier). Pour les francophones, le Centre Francophone du Grand Toronto (CFGT) (555 Richmond St W) offre une clinique médicale francophone avec liste d’attente plus courte. En attendant, les walk-in clinics (cliniques sans rendez-vous) permettent une consultation immédiate, couverte par l’OHIP.
Dans les trois premiers mois : emploi, fiscalité et intégration
☐ Démarrer son dossier de crédit canadien. Le credit score est central au Canada : il conditionne l’accès au crédit automobile, à l’hypothèque, à la location dans certains immeubles, et même à certains emplois. Pour le bâtir : obtenir une carte de crédit dès l’ouverture du compte bancaire (les programmes « newcomer » la fournissent sans historique), l’utiliser régulièrement pour de petites dépenses, et la rembourser intégralement chaque mois. Les deux principales agences de crédit sont Equifax Canada et TransUnion Canada.
☐ S’inscrire à l’Agence du Revenu du Canada (ARC). Si vous êtes résident fiscal canadien (présence supérieure à 183 jours ou liens de résidence significatifs), vous devez déclarer vos revenus mondiaux. La déclaration annuelle se fait entre le 1er février et le 30 avril pour l’année précédente. Pour les nouveaux arrivants, une déclaration partielle (sur la partie de l’année de résidence canadienne) est obligatoire dès la première année. Un comptable francophone (CPA spécialisé en mobilité internationale France-Canada) est vivement recommandé la première année — la convention fiscale France-Canada de 1975 évite la double imposition mais nécessite une lecture experte.
☐ Examiner les avantages fiscaux familiaux. Le Canada propose plusieurs prestations significatives : Allocation canadienne pour enfants (ACE), jusqu’à environ 7 800 $ par enfant de moins de 6 ans, exonérée d’impôt et dégressive selon les revenus ; TPS/TVH (GST/HST credit), crédit trimestriel pour les ménages à revenus modestes. La demande se fait via le formulaire RC66 ou en ligne via votre compte ARC.
☐ Échanger son permis de conduire. Un accord d’échange existe entre la France et l’Ontario : permis B français échangeable sans examen pendant les 60 premiers jours de résidence en Ontario (ServiceOntario, formulaire spécifique). Au-delà, vous devrez repasser les épreuves du système graduel G1/G2/G (G1 théorique, G2 pratique route, G test final autoroute). Apportez l’original du permis français, le passeport, un justificatif de résidence ontarienne, et la traduction officielle du permis si demandée.
☐ Inscrire les enfants à l’école. L’inscription à l’école publique est gratuite et de droit pour tout résident, quel que soit son statut migratoire. Quatre conseils scolaires couvrent Toronto : TDSB (Toronto District School Board, public anglophone), TCDSB (catholique anglophone), CSViamonde (public francophone), MonAvenir (catholique francophone). L’inscription se fait auprès du conseil scolaire correspondant au domicile ; dépôt du dossier au centre d’accueil dédié.
☐ Découvrir la communauté francophone. Toronto compte une communauté de plus de 110 000 francophones. Trois acteurs essentiels pour l’intégration : le Centre Francophone du Grand Toronto pour les services, l’Alliance Française (24 Spadina Rd) pour la vie culturelle, et l’ACFO-Toronto pour la représentation politique et le réseau associatif. Les groupes Facebook (« Français à Toronto », « Expats Français à Toronto », « Maman au Canada – Toronto ») fournissent des bons plans actualisés.
Une installation réussie à Toronto repose avant tout sur le respect d’un ordre précis : NAS et OHIP en priorité, dans les premières 72 heures, suivis du compte bancaire, du bail signé, et de la construction du dossier de crédit. Les démarches paraissent nombreuses, mais le système canadien est largement digitalisé et l’écosystème francophone de Toronto, bien que minoritaire, est étonnamment dense pour qui sait où chercher.