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La fiscalité au Québec pour les nouveaux arrivants français : la double déclaration

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S’installer à Montréal implique de comprendre la particularité fiscale la plus marquante du Québec : c’est la seule province canadienne qui perçoit elle-même son impôt sur le revenu des particuliers via sa propre administration, Revenu Québec, en parallèle de l’Agence du Revenu du Canada (ARC) fédérale. Concrètement, un résident du Québec produit chaque année deux déclarations de revenus distinctes. Pour un Français, à cette double déclaration s’ajoutent l’articulation avec la Convention fiscale France-Canada de 1975, la déclaration des actifs étrangers, et l’accès à des prestations familiales parmi les plus généreuses d’Amérique du Nord. Décryptage.

La résidence fiscale : le point de départ

Toute analyse commence par la détermination de la résidence fiscale. Au Canada, elle s’apprécie selon deux critères : les liens de résidence (logement à disposition, conjoint et personnes à charge au Canada, possessions, permis de conduire, comptes bancaires, carte soleil) et le critère des 183 jours de présence physique sur l’année civile.

Pour un Français qui s’installe à Montréal avec sa famille, signe un bail et démarre un emploi, la résidence fiscale canadienne et québécoise s’établit généralement dès le jour d’arrivée. À partir de là, vous êtes imposé sur vos revenus mondiaux : salaires québécois, mais aussi loyers d’un bien conservé en France, dividendes, plus-values.

Pour la première année, vous produisez une déclaration de résident à temps partiel (« part-year resident ») : seuls les revenus mondiaux perçus à compter de la date d’arrivée au Canada sont imposés ici.

Le système d’imposition : fédéral + Québec, deux déclarations

C’est la singularité québécoise. Alors que dans les autres provinces l’ARC collecte à la fois l’impôt fédéral et provincial via une seule déclaration, au Québec vous produisez :

  • La déclaration fédérale T1 auprès de l’ARC.
  • La déclaration provinciale TP-1 auprès de Revenu Québec.

Les deux sont à produire avant le 30 avril (15 juin pour les travailleurs autonomes, mais paiement dû au 30 avril). Les logiciels homologués (TurboImpôt, UFile, Wealthsimple Impôt, H&R Block) gèrent les deux déclarations simultanément à partir d’une seule saisie.

Tranches fédérales 2026 (sur le revenu imposable) :

  • 14 % jusqu’à 57 375 $.
  • 20,5 % de 57 375 $ à 114 750 $.
  • 26 % de 114 750 $ à 177 882 $.
  • 29 % de 177 882 $ à 253 414 $.
  • 33 % au-delà.

Tranches québécoises 2026 (indexées de 2,05 %) :

  • 14 % jusqu’à 54 345 $.
  • 19 % de 54 345 $ à 108 680 $.
  • 24 % de 108 680 $ à 132 245 $.
  • 25,75 % au-delà de 132 245 $.

Taux marginal combiné : il culmine autour de 53,3 % pour les revenus supérieurs à 253 414 $ — parmi les plus élevés d’Amérique du Nord, comparable aux tranches hautes françaises. Montant personnel de base : 14 829 $ au fédéral, 18 952 $ au Québec (parmi les plus élevés au Canada). À noter pour les Français : le Québec n’a pas de quotient familial ; l’imposition est strictement individuelle, ce qui peut désavantager les couples mono-actifs par rapport au système français.

Charges sociales s’ajoutant à l’impôt :

  • RRQ (Régime de rentes du Québec) : 5,3 % du salaire en 2026 (légèrement abaissé), sur la tranche jusqu’à ~71 300 $.
  • Assurance-emploi (AE) : taux réduit au Québec car le RQAP (Régime québécois d’assurance parentale) est géré séparément, cotisation propre.
  • RQAP : ~0,494 % du salaire (employé).
  • FSS / contribution santé : intégrée au régime selon les revenus.

Le formulaire TP-1015.3 et le TD1 : à remplir dès l’embauche

À l’embauche, vous remplissez deux formulaires de retenue à la source :

  • TD1 fédéral (ARC).
  • TP-1015.3 provincial (Revenu Québec).

Ces documents déterminent les retenues d’impôt sur votre paie. Y figurent les montants personnels de base et crédits applicables. Point d’attention : si vous avez plusieurs employeurs simultanés, un seul doit appliquer le montant personnel de base, sous peine de solde d’impôt à payer en avril.

La Convention fiscale France-Canada de 1975

Texte de référence pour tout Français résident fiscal au Québec. Principes opérationnels :

  • Salaires : imposés dans le pays d’exercice de l’activité (Québec si l’emploi y est).
  • Revenus immobiliers : imposés dans le pays de situation du bien (France si vous gardez un appartement locatif en France).
  • Dividendes français : retenue à la source française plafonnée à 15 %, imposables au Canada avec crédit d’impôt étranger.
  • Pensions de retraite françaises : imposables exclusivement en France (article 18).
  • Plus-values immobilières : imposables dans le pays de situation du bien.

Mécanisme du crédit d’impôt étranger : quand un revenu est imposable dans les deux pays, le Canada (et le Québec) accordent un crédit pour l’impôt français déjà payé, plafonné à l’impôt canadien dû sur ce revenu. Cela évite la double imposition, mais ne rembourse pas le surplus si la France taxe plus lourdement.

Sortie de résidence fiscale française : à formaliser auprès de la Direction des Impôts des Non-Résidents (DINR) avec la dernière déclaration de résident. Une exit tax s’applique pour les patrimoines mobiliers supérieurs à 800 000 € ou 50 % du capital d’une société.

La déclaration des actifs étrangers : formulaire T1135

Comme dans le reste du Canada, le formulaire T1135 (fédéral, joint à la T1) doit être produit dès lors que le coût total des biens étrangers détenus dépasse 100 000 $ CAD à un moment quelconque de l’année. Sont concernés : comptes bancaires français (livret A, PEL, PEA, compte-titres), actions et obligations hors Canada, biens immobiliers locatifs en France, parts de sociétés étrangères. La résidence personnelle de vacances en France n’est pas concernée si elle n’est pas productrice de revenus.

Pénalités sévères pour omission : 25 $/jour (min. 100 $, max. 2 500 $), plus 5 % de la valeur des biens non déclarés. Beaucoup de Français dépassent le seuil de 100 000 $ sans s’en rendre compte (PEA + assurance-vie + compte courant). À discuter dès le premier rendez-vous comptable.

Les prestations familiales : la combinaison québécoise, la plus généreuse du Canada

Le Québec offre le cumul le plus avantageux du Canada : prestation fédérale + prestation provinciale.

Allocation canadienne pour enfants (ACE) — fédérale, non imposable :

  • Jusqu’à 7 997 $/an par enfant de moins de 6 ans (période juillet 2025-juin 2026), 6 748 $/an par enfant de 6-17 ans.
  • Hausse confirmée à 8 157 $/an (moins de 6 ans) et 6 883 $/an (6-17 ans) à compter de juillet 2026.
  • Dégressive selon le revenu familial net rajusté.

Allocation famille (Soutien aux enfants) — provinciale (Québec), versée par Retraite Québec :

  • Montant additionnel par enfant, versé trimestriellement ou mensuellement.
  • Inclut un supplément pour l’achat de fournitures scolaires et un supplément pour enfant handicapé.

Autres prestations :

  • Crédit pour la TPS/TVH (fédéral) + crédit d’impôt pour solidarité (Québec, regroupe TVQ, logement, et villages nordiques).
  • RQAP (Régime québécois d’assurance parentale) — congés parentaux parmi les plus généreux d’Amérique du Nord (jusqu’à 75 % du revenu pour certaines options).
  • Crédit d’impôt pour frais de garde d’enfants (Québec) + réseau de CPE (Centres de la petite enfance) subventionnés à tarif réduit (~9,35 $/jour pour les places subventionnées).

Demande : l’ACE via le formulaire RC66 auprès de l’ARC (ou cochée à l’enregistrement de naissance). L’Allocation famille québécoise est généralement déclenchée automatiquement par Retraite Québec une fois la résidence fiscale établie et l’enfant inscrit.

Conseils pratiques pour bien démarrer

Souscrire un comptable francophone spécialisé France-Québec la première année — l’investissement le plus rentable. Compter 1 000-2 500 $ pour un dossier expat correctement traité : déclaration de transition (part-year resident), première T1135, articulation Convention France-Canada, optimisation des crédits d’impôt étrangers, gestion des deux déclarations T1 + TP-1. Cabinets : Raymond Chabot Grant Thornton, Fiscaneo, Services d’Acadie, BDO Montréal, KPMG.

Ouvrir deux comptes en ligne : « Mon dossier » à l’ARC et « Mon dossier » à Revenu Québec. Les deux centralisent vos interactions fiscales et permettent le pré-remplissage des déclarations.

Demander les prestations familiales dès l’arrivée si vous avez des enfants : pour deux enfants en bas âge, le cumul ACE + Allocation famille québécoise peut dépasser 18 000 $/an non imposables.

Conserver les justificatifs d’impôts français payés pour faire valoir les crédits d’impôt étrangers.

Anticiper la T1135 dès la première année : seuil de 100 000 $ vite atteint.

Explorer le réseau des CPE : les places en garderie subventionnée à ~9,35 $/jour sont très recherchées ; s’inscrire sur La Place 0-5 (guichet unique) dès que possible, voire avant l’arrivée.

Conclusion pratique

La fiscalité québécoise est plus lourde administrativement que dans le reste du Canada — deux déclarations annuelles au lieu d’une — mais le système est transparent, digitalisé, et les logiciels homologués gèrent les deux volets simultanément. Pour un Français, les vraies zones de complexité sont trois : la transition de résidence fiscale la première année, l’articulation avec la France via la Convention de 1975, et la déclaration T1135 des actifs étrangers. Un accompagnement comptable francophone la première année règle ces trois points. En contrepartie d’une fiscalité élevée sur les hauts revenus (taux marginal combiné jusqu’à 53,3 %), le Québec offre aux familles avec enfants un environnement exceptionnel : cumul ACE fédérale + Allocation famille québécoise, RQAP très protecteur, et réseau de CPE subventionnés — un ensemble de prestations parmi les plus généreux d’Amérique du Nord, qui change significativement l’équation budgétaire d’une famille française installée à Montréal.

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